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Le voyage en Slovenie

Seulement quelques jours sur place et tant de matière à réflexion…

En se baladant en voiture le long de la Vipava (Ouest de la Slovénie à seulement quelques kilomètres de Trieste) on se trouve entourés par la nature, des vallées verdoyantes et riches en cours d’eau, (d’où la florissante industrie du bois et de la pâte à papier).

Lors de notre passage à la mi-octobre, les premières rafales de Bora balayaient les flancs des reliefs et séchaient l’air, préfigurant la période hivernale. Ce vent est aussi appelé en hiver «Bora nera» par les locaux puisqu’il amenait les précipitations habituellement concentrées sur la saison froide, mais plus maintenant.

L’irrégularité des précipitations et leur violence lors des orages provoquent des très fortes variations du régime hydrologique – les année sèches on ne dépasse pas les 500 mm de pluie annuellement, les années pluvieuses on peut atteindre jusqu’à 1500 mm de pluie. Dans les deux cas la végétation ou l’enherbement des vignes joue un rôle essentiel afin de limiter l’érosion des sols.

Dans cette région les vignes ne sont de loin pas l’activité principale, exception faite pour le Brda (nom slovène) ou Collio (nom italien), la plus importante appellation qui est à cheval sur la frontière avec l’Italie.

Les parcelles sont généralement assez éparpillées et souvent en concurrence avec la forêt qui les encercle. Tantôt elles se situent sur des coteaux bien exposés, tantôt dans des « doline » (petite combette), parfois les rangs sont dressés de manière «rationnelle» d’autres fois, surtout au niveau des vieilles vignes on évoquera plutôt une «disposition naturelle», sans pour autant être désordonnée.

 

Rencontre avec Marko

La rencontre avec Marko, vigneron à la vie bien « remplie », a répondu tout aussi « naturellement » à mes questions sur la taille, la densité de plantation, le repiquage, etc… il m’a montré des vignes ultra-centenaires et leur dialogue étonnant avec un cognassier, extrêmement chargé de fruits à pleine maturité. Les vignes n’étaient pas cisaillées, les sarments grimpaient entre les branches de l’arbre, un tronc creux, vidé par le temps, laissant juste ce qu’il faut entre le pied et les branches à fruit pour le passage de la sève… mais la plante avait l’air heureuse.

Autour, chaque cep de vigne avait une forme unique, modelée par les hommes et par la nature, aucune protection n’était établie contre les oiseaux, qui font à mon humble avis pas mal de dégâts, juste une barrière électrique pendant le mois qui précède les vendanges pour que le gros gibier ne ravage pas la récolte.

Une démonstration de lâcher-prise vis-à-vis de toutes formes de «contrôle» au profit interpellant d’un accompagnement du cycle naturel de la vie…

A la cave, un verre de Terrano à la main, on ne trouve que le stricte nécessaire au niveau technologique, quelques fûts pour les élevages, quelques dame-jeanne pour recaper ou pour les cuvées encore plus «confidentielles» (mais tout l’est déjà)…pour résumer : pas de chichi !

Puis vient la dégustation de ce Refosco (variété à pédicelles verts connue comme le Terrano/Terran) était d’une précision inouïe. La série continue pour quelques heures, bien évidemment les blancs suivant les rouges, dans un arc-en-ciel d’arômes qui reprennent fidèlement les senteurs de la forêt et de la flore locale.
Après une splendide soupe de potiron et un échange de regards qui disaient «à très vite», nous reprenons la route heureux d’avoir passé un moment si privilégié.

 

Le voyage se poursuit

Le voyage continue à travers la région de la Primorska, qui a été pour plusieurs siècles monnaie d’échange dans les traités de guerre, passant de l’Empire austro-hongrois au Royaume d’Italie, à la Yougoslavie et enfin à l’actuel Slovénie. Si ce mélange culturel, combiné avec les décennies passées sous un régime socialiste, a laissé des traces parmi les anciens, l’empreinte a disparu chez ceux qui ont vécu leur jeunesse lors de la proclamation de la république (1991), à en juger par l’accueil chaleureux, la nourriture généreuse et les vins si uniques.

 

En s’approchant du Collio, côté italien ou slovène (Brda), la région pourrait être décrite comme une terre à blancs, en effet sur les sols argileux-calcaires la production reste axée sur des vinifications en blanc standard, rarement avec présence de bois en élevage.

En revanche sur les sols de «ponca», marne/molasse (origine Eocène) plus ou moins feuilletée et très riche en microéléments, les mêmes variétés de raisin donnent un fruit complétement diffèrent, plus « structuré », qui se prête à des vinifications macérés (en rouge) d’où la renommée mondiale de la région pour ses vins oranges, dont nous avons parlé dans un article précèdent (orange-wines).

 

Interrogation

A titre personnel je m’interroge. Cette approche ancestrale « ou naturelle » (de quelques jours à parfois 12 mois de macération) pour faire du vin orange en regard d’une approche moderne plus interventionniste, n’ont-t-elles pas toutes les deux un impact sur l’identité, l’intégrité du produit et son rapport à la terre ?

En espérant approfondir le sujet avec vous autour d’un verre de vin orange ou lors d’une prochaine visite!