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Tournée dans la Suisse alémanique

Après trois jours de voyage en Suisse alémanique, dans le splendide triangle dessiné par les lacs de Zurich et le cours du Rhin avant sa montée vers l’Allemagne, pour déguster les 2016 avant les mises en bouteille ou, pour les grandes cuvées après la deuxième fermentation, d’ailleurs parfois pas encore terminée.

Dans cette région située aux pieds des Alpes, le cépage dominant est le Pinot Noir (60%), il existe dans une variété remarquable de clones différents: les clones bourguignons plus précoces et d’autres plus tardifs dont les clones suisses (Mariafeld, Cortaillod, etc…) qui se distinguent par une acidité naturelle plus accentuée et un support aromatique plus axé sur les épices à l’inverse des clones bourguignon à la dominante fruit plus marquée.

A côté du Pinot Noir, on trouve bien évidemment le Chardonnay (2.5%), complément bourguignon par excellence, le Riesling x Sylvaner (ou Müller-Thurgau 16%), le Sauvignon blanc (2.5%), le Pinot Blanc et Gris (conjointement 4.3%), et le Rhein-Riesling, ce dernier dans des versions vivaces et tendus, avec un volume de bouche généreux, souvent grâce à quelques grammes de sucre résiduel qui enrobe la naturelle acidité.

La perle rare reste encore à aujourd’hui le Completer, qui ne dépasse pas le 5 ha sur les 2’852 ha alémaniques. Malgré l’énorme potentiel sous la forme de vin tranquille – moderne (vinification classique en blanc), la version traditionnelle oxydative éveille l’intérêt et la gourmandise avec ses reflets dorés intenses et ses arômes uniques de noix qui se développent après plusieurs années d’élevage en fût.
Encore une fois j’ai eu l’honneur de pouvoir en déguster quelques un en vieillissement… c’est une pure merveille qui envahi les cinq sens ! Heureusement pour les connaisseurs ça n’est pas un style qui plaît à tout le monde!

15 mois après ma dernière visite, le changement est notable, à l’image de l’arrivée du printemps et l’explosion de muscaris et des dents de lions sur la couverture herbeuse entre les plants de vigne.
La question de l’enherbement trouve aux Grisons une réponse quasi unanime puisque l’association des vignerons envisage de quitter les herbicides pour revenir à une intervention purement mécanique.
De plus les discussions sont en cours et la profession envisage, dans sa vision pour l’an 2022, un passage de toute l’AOC à des pratiques biologiques… ce serait un très beau message !

Le millésime 2016, dégusté lors de notre sortie printanière, se montre vraiment brillant et « fraîchement » typique, malgré une saison extrêmement difficile en vigne : d’abord à cause d’un épisode de gel printanier, suivi par de fortes attaques fongiques. La période estivale relativement chaude et régulière jusqu’à un très beau mois de septembre a finalement apporté du très beau fruit, des belles acidités naturelles et un rapport entre maturité technique et phénolique assez proches.

Au-delà de la beauté de ce coin de pays, on reste émerveillé, par l’accueil et la générosité des gens et des amis vignerons. Je leur souhaite que ce millésime 2017, au démarrage précoce, avec presque deux semaines d’avance sur la moyenne, et avec des réserves en eau limités, puisse être malgré tout une belle réussite ! Croisons les doigts au moins jusqu’aux saints de glace.