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« A new world nested within the old world »

Alem-tejo… littéralement traduit du portugais, ce nom le situe géographiquement comme la surface qui repose « au-delà du Tage ». Cette plaine est cernée à l’est par trois reliefs montagneux en direction de la frontière espagnole, et à l’ouest, s’ouvre sur l’océan et ses changements d’humeur.
Dans ma recherche de vins de structure, profondeur, complexité et «relief», j’ai toujours associé ces caractéristiques gustatives du vin avec le profil orographique des vignobles en pente et en altitude. Cependant, cela ne s’applique  pas avec la région en question.
Si mon approche vis-à-vis de l’Alentejo a toujours été assez mitigée à cause du manque de relief du vignoble et ma conviction qu’il est impossible de faire des vins verticaux dans des plaines, j’ai étonnement souvent retrouvé ces caractères dans ses vins.
La remise en question de ma conviction a surgi grâce à un très bon contact avec la responsable de la valorisation du territoire qui s’est occupée de moi pendant mon séjour et qui m’a permis d’amorcer le sujet pivot de cet article, la soutenabilité / écologie des processus de production viticole.

Dans ce bref exposé, je n’ai pas l’ambition de couvrir tous les aspects qui permettraient d’en définir les dynamiques. Je me limite à donner une vision d’ensemble et à mettre en avant mes questionnements, qui sont in fine, les points qui suscitent encore chez moi de multiples réflexions.

Le concept de production durable représente désormais un grand toit qui abrite des nombreuses éthiques de production et qui respectent les principes évoqués, souvent liées au bon sens, et qui montrent la nécessité de se réunir et interagir comme un écosystème.

Différents projets sont en cours dans le monde entier depuis plusieurs années. La Californie, l’Australie du sud et, depuis 2016, le consortium de la Valpolicella se montrent particulièrement engagés et des manifestations comme Vinitaly arrivent à créer des moments privilégiés de rencontres, échanges et développements socio-économiques.

Comment ça marche (exemple graphique)
Ce programme de grande envergure peut être résumé en deux points fondamentaux:

  • Réduction de la consommation inutile ou due à une gestion non réfléchie et obsolète. La prise en considération des moyens à disposition au XXI siècle sont primordiaux notamment dans le cadre de la gestion de l’eau.
  • Réduction / substitution / élimination des intrants chimiques, qui se révèlent, à moyen ou long terme, presque toujours cancérigènes ou mortels.

Leur implication dans les sphères universitaires, dans la réinsertion des immigrés dans le travail manuel de la vigne, avec les organes de promotion touristique régionale, etc. dynamise tout le tissu socio-économique. A travers un chemin de conversion par étapes, la région permet aux producteurs adhérents d’intégrer ce tissu et en traire bénéfice. Le dialogue avec les universités permet de donner un terrain expérimental et les subventions nécessaires à soutenir les campagnes de recherche technologique. Sous le point de vue immigration la région s’implique dans l’offre d’activités professionnalisantes qui peuvent déboucher à l’obtention d’un emploi. Pour le secteur tourisme, il gagnera un très fort argument de promotion d’une qualité de vie «meilleure», etc.

Globalement nous pourrions le définir un programme d’optimisation qui se fonde tout d’abord sur des échanges en connaissance et soutien réciproque.
Serait-il un début pour revenir l’échange de prestations, ou aux troque, et combler notre manque d’idéologie communautaire ?

Le positionnement économique de l’Alentejo

L’Alentejo se situe commercialement dans une catégorie de produits entrée de gamme très rentables pour ses vins en bouteille. Large production qui reste à un niveau régional, il a la volonté de faire le saut de qualité en dépit de l’attitude d’un consommateur considérant naïvement le produit certifié bio comme idéal (sans intrants chimiques, commercialement équitable, gustativement bon, etc). C’est dans cette volonté que s’inscrit la démarche de créer un label « durable », incluant certains produits de synthèse réduisant le risque d’autres plaies et améliorant la dynamique d’ensemble.

 

Eau

Dans le secteur en question l’agriculture ne serait pas sans l’apport d’eau mécanique.
Ce que l’on appelle «dry farming» conduit à des productions trop réduites pour la viabilité d’entreprise et, très souvent dans les années les plus sèches, à des blocages de maturité du raisin à cause du stress ressenti par la plante.
QQQ : Il est intéressant de se demander jusqu’où justifier l’intervention humaine et ou laisser que la nature fasse son cours même si cela implique la suppression de la majorité des plantations?
QQQ : L’identité de terroir inclut bien évidemment le sol et l’eau, véhicule des nutriments. Que reste-t-il de ce «terroir» quand l‘eau stockée dans des bassins artificiels et portée par un système d’irrigation maîtrisé ?

Cépages

La sélection des cépages plantés aujourd’hui touche un mix intéressant entre variétés anciennes (petites parcelles de vieilles vignes – c.a. 6% du vignoble – i.e. Trincadeira, Alfrocheiro, Tinta Miuda, etc…) et variétés allogènes telle l’Alicante Bouchet et internationales.
L’Alicante Bouchet est un croisement ( très répandu pendant le protectionnisme aux Etats Unis du début XX siècle pour la possibilité d’être dilué sans risques que cela soit visible au niveau chromatique et puis comme cépages exhausteur de couleur et volume de bouche dans les assemblages.
Il trouve depuis quelques dizaines d’années un fort répondant dans la région grâce à sa résistance aux maladies fongiques, mais surtout pour sa bonne résistance à la chaleur. On le retrouve de plus en plus vinifié en mono variétal.
QQQ : Vaut-il la peine de donner autant d’importance à un cépage teinturier au potentiel œnologique limité à la place de valoriser les variétés locales plus tardives et qui chargent plus lentement en sucre et gardent une expression unique à la région ?

 

Consommateur

Après avoir abordé les différents points clés et survolé sur les thèmes des OGM, empreinte carbone, produits systémiques en viticulture conventionnelle et le gros débat sur l’emploi de métaux lourds (Cu+) en biologique – biodynamique, etc… sur quelles informations le consommateur se base-t-il afin d’orienter ses choix ?
Arriverons-nous à créer une communauté de consommateurs moralement concernés grâce aux  informations « transparentes » ou sera-t-il simplement une autre forme de «propaganda» et contrôle ?

L’histoire nous enseignent que malgré tous, les « modèles » de société qu’on a créé, Sera-t-il le moment où nous serons menés à remettre en question ce tandem capitalisme-démocratie ? Peut-être redevenir plus conscients de nos besoins réels, réduire la consommation et retrouver la valeur de la famille ?

J’espère qu’on pourra en causer autour d’un splendide verre de rouge de l’Alentejo et peut-être une tranche de «presunto» !

 

Quelques link d’aprofondissement

https://journals.openedition.org/geocarrefour/6856

Sustainable Australia Winegrowing program takes off

http://wineobservatorys