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Le Xinomavro et la région de Thessaly, Grèce

Ce n’était pas mon premier voyage en Grèce…parfois motivé par la richesse historique et philosophique, parfois par la beauté de ces plages et des gens qui l’habite, mais jamais cependant je n’avais pu me dédier à la visite des vignobles. Cette excursion dans la partie nord-orientale du pays m’a permis d’explorer la région montagneuse de Naoussa au nord de la montagne sacrée et légendaire, l’Olympus.

L’aventure démarre dans une Thessalonique jeune, dynamique et, selon l’avis des locaux, «vide» à cause des vacances estivales, mais qui à mes yeux était déjà très pleine et animée. Un très beau niveau de gastronomie et service, une balade charmante sous le soleil couchant entre la White Tour et le port.
Après ce court séjour, la traversée vers l’ouest nous conduit à sillonner la verdoyante plaine de l’Axios, riche en pâturages et élevages de bétail, où coule la plus importante rivière de Grèce parsemée de nombreux pêcheurs.  Cette partie du pays ainsi que le complexe montagneux du Thessaly sont les deux seules régions où j’ai senti dans l’air une fraicheur plus verte, riche en eau, et non pas ce parfum de pierres chaudes, herbes balsamique telles le thym et l’origan et résine de forêt sempervirente si caractéristique de la Méditerranée.

L’arrivée à Naoussa se révèle malaisé car la ville a récemment changé les noms de toutes les routes et le navigateur n’est pas à jour.  Heureusement, la gentillesse locale m’a fourni assez rapidement un guide improvisé  qui m’a montré le chemin de l’Hôtel Palea Poli.
Grâce à l’aide d’un bon ami, grand sommelier d’origine grecque et de renommée internationale, ainsi que de  l’assistance de la famille Tabouri, j’avais tous les adresses à ne pas louper dans la région.

Le vignoble de Naoussa se situe sur une bande irrégulière de 35km autour de la ville, entre la pleine et le coteau qui sont parsemées des parcelles isolées au milieu de la forêt (souvent châtaigniers) quand on regarde les hauteurs ou l’immense verger qui couvre la vallée.

Durant plusieurs décennies dans la deuxième partie du XX siècle la vigne n’était pas du tout rentable et la plupart du terrain a été soit laissé à l’abandon car trop difficile d’accès, soit arraché en faveur de la filière fruitière. Des pêches de vigne extraordinaires, pêches «saturne» (les plates) et des abricots qui peuvent tenir la comparaison avec nos valaisannes. La première exploration se fait en moto entre le haut et le bas et on identifie tout de suite le point commun : presque partout on observe l’installation de systèmes d’irrigation goute à goute utilisé dès les premières années de plantation et ensuite comme mesure d’urgence contre la sècheresse.
Ces techniques soulevaient des questionnements quant aux traitements, antifongiques, insectes, phytoplasmes, etc… mais apparemment il s’agit d’un paradis ! Il n’y a presque pas de pression oïdium ou mildiou, pas besoin de confusion sexuelle pour les insectes, pas besoin d’herbicides…un passage mécanique à l’inter-cep est suffisant à l’année après le printemps. Le rêve de chaque vigneron de chez nous !
La variété roi dans toute la région est le Xinomavro (trad. Noir acide), caractérisé par une bonne/forte vigueur végétative indépendamment du clone ou du porte greffe choisi, et qui au niveau de qualité du raisin ne réponds apparemment pas de manière proportionnelle en limitant les rendements. Au contraire, on parle facilement de 1,2/ 1,5 Kg par pied sur des densités de plantation variables en fonction de l’époque de plantation, mais en moyenne de 5-6000 pieds/ha. La véraison est très irrégulière et déjà en cette époque les plus gros dégâts sont portés par les sangliers, les cochons sauvages et d’autre types de gibier à poil qui trouvent dans ce paradis un habitat idéal.

J’ai pu, en quelques jours visiter plusieurs des meilleures caves «particulières», puisque un bon 70% de toute la production de l’appellation est menée par les trois majeurs encaveurs. A la dégustation on trouve facilement un dénominateur commun : structure tannique, verticalité grâce à une colonne acide toujours soutenue même dans les années plus chaudes, chez certains parfois du sucre résiduel (masquer le sèche des tannins et amener du volume?) et une splendide connotation de terroir !

Au delà de la maîtrise des élevages, je penchais toujours pour les gros contenant. On s’aperçois que ça reste une région « fraîche » dans ses expressions de fruit et d’épice ; on va bien plus loin que le classique tandem olive noir / tomate séchée qu’on associe au cépage. J’ai personnellement trouvé plus d’équilibre dans les millésimes chauds ainsi que sur les cuvées issues du bas des coteaux plutôt que en hauteur (max 450 – 500m).       

Malgré mon si court séjour hellénistique, je ne peux plus être impartial : les liens personnels et humains si forts que j’ai crées sont d’autant de souvenirs qui ressurgissent à chaque gorgée de vin. Il est cependant certain que Naoussa est une région à suivre de près pour sa rapide croissance qualitative. Si vous m’en donnez l’opportunité, je me réjouirais vraiment de partager avec vous toutes mes expériences sur ce terroir pour mettre dans votre verre également un peu du brillant ciel grec.